Entre Taroko et Hualien

En 2021 nous avons traversé les gorges de Taroko en voiture jusqu’à un hôtel à Hualien, situé sur la côte est de Taïwan. Ce fut un séjour contrasté entre les aplombs vertigineux du parc national de Taroko en journée et les rivages de Hualien le soir et le matin. Deux paysages radicalement différents à une dizaine de kilomètres à vol d’oiseau l’un de l’autre.

Avant d’arriver à Hualien, nous avons fait une halte à Tianxian.

Nous y avons rencontré quelques macaques. La rougeur de leur face n’est pas exagérée, elle est effectivement plus prononcée que la couleur des macaques qu’on peut rencontrer du côté de Mingjian.

Pour commencer, quelques vues au bord de l’océan Pacifique. Ici, comme sur les photos des gorges qui suivront, j’ai travaillé les couleurs différemment de ce que je fais d’habitude, pour des raisons différentes dans ces deux cas. Ici, ces photos du bord de mer sont finalement d’une affligeante banalité. Aussi, je me suis permis de pousser un peu les couleurs pour leur donner un peu de force.

Une simple vue depuis l’hôtel. On remarquera le petit groupe de cinq chiens errants qui viennent de la gauche en longeant le bord de la plage à la limite des vagues qui s’oppose au groupe de cinq touristes à droite, plus un chien seul qui observe la scène, près de l’engin de chantier.

Un peu plus loin, un ciel menaçant, à moins qu’il ne soit torturé…

Nous nous sommes levés très tôt, vers cinq ou six heures du matin pour voir le soleil se lever sur l’océan.

Chaque matin nous nous engagions sur les étroites et dangereuses routes de Taroko. Outre la circulation parfois difficile, surtout en croisant les cars de touristes qui n’avaient visiblement pas l’habitude de ralentir, il fallait veiller à ce que des pierres plus ou moins grosses ne traînent pas sur l’asphalte. Les éboulements sont fréquents dans ces montagnes.

Au sujet du travail des couleurs que j’évoquais plus tôt, j’utiliserai cette première photo des gorges de Taroko pour illustrer la question. Donc, si j’ai un peu forcé les couleurs pour les photos de plage et de lever de soleil, c’était pour donner un peu d’énergie à des photos plutôt banales, comme je le disais plus haut. Ici, c’est différent. Lorsqu’on voit ces aplombs rocheux, leurs nuances bleutées sautent aux yeux. La couleur de l’eau s’en ressent et oscille entre le vert et le bleu. C’est très beau, mais sur une photo brute non traitée, ça ne se voit pas du tout :

Ici, l’original est gris, et je dois dire que ça m’a mis en grande difficulté. J’ai accolé ici les deux versions originale et non traitée pour comparer plus facilement :

Ce rendu grisâtre de la photo brute est normal. La prise de vue sur place avec un appareil-photo est seulement une prise d’informations, une mesure point par point des quantités de lumière reçues. Cette mesure n’a que peu de rapport avec ce que perçoit notre œil et encore moins avec la façon dont notre cerveau interprète les informations ainsi perçues.

Si je n’ai pas mis ces photos en ligne plus tôt, c’est en grande partie parce que je savais pas comment les traiter pour en faire ressortir les couleurs telles que je les avais vues. Ce n’est qu’assez récemment que j’ai su comment faire.

Cela dit, on pourrait me reprocher un traitement trop lourd, trop coloré. Il est possible que ce ne soit pas tout à fait fidèle à la réalité. Seulement voilà, éternelles questions en photographie : Qu’est-ce que la réalité ? Où s’arrête le développement et où commence le traitement fantaisiste ? Triche-t-on vraiment quand on exagère certains traitements comme le contraste, la saturation, etc ? Et en fin de compte, quel est le but d’une photo ?

Je ne vais évidemment pas disserter sur la question, mais la règle d’or en photographie sur laquelle beaucoup s’accordent est la suivante : il n’y a pas de règles. Le but d’une photographie est avant tout de transmettre quelque chose de la vision du photographe, qu’importe les moyens. Que ce soit une émotion, un sentiment, un message, un témoignage, tout est possible tant que cela sert le propos.

Ici, mon problème est de transmettre ce que je pense avoir vu quand j’y étais. Est-ce fidèle ? Probablement pas, mais qu’est-ce que la réalité vraie ? Celle des couleurs à six heures du matin ? à midi ? le soir ? quand il fait beau ? quand il pleut ? Notre perception du lieu change constamment et il n’y a pas de perception de référence à proprement parler, excepté pour les scientifiques qui analysent tout, mais ce n’est pas ici notre but.

D’autre part, regarder une photo d’un lieu et y être n’ont pas grand-chose à voir. Si je veux que les personnes qui regarderont ces photos aient une perception vaguement équivalente à la mienne, il va falloir en faire un petit peu plus pour compenser le petit format d’une image sans rapport avec la grandeur et la lumière des lieux.

Donc voilà : certaines gorges de Taroko sont bleues, pas entièrement, bien sûr, mais de nombreuses masses rocheuses présentent cette couleur magnifique ; et je me suis senti en devoir de rendre cette impression.

Et bien sûr, la tentation est forte de ne voir que des textures dans la roche.

Nous avons aussi fait un petit détour pour emprunter le pont suspendu de Buluowan.

Au moment où j’écris ces lignes, en juillet 2026, de nombreuses excursions et visites dans le parc national de Taroko sont fermées. Depuis environ un an, des tremblements de terre et des pluies violentes ont rendu la région dangereuse. Il y certainement beaucoup de travail pour remettre les routes en états et sécuriser les lieux. Nous avons de la chance d’avoir pu y aller quand c’était possible.